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[FR] Imaginer, Rêver, Créer

Mis à jour : janv. 2

Pendant longtemps, j'ai conçu l'imagination comme la sensation la plus importante dont un être conscient puisse disposer. Les pensées qui se déclinent en images internes, en sonorités, en impressions, c'était là pour moi LE déclic nécessaire à ce qui découlait naturellement sur la créativité. Mais ça, c'était avant. Imaginer reste indiscutablement une étape fondatrice pour n'importe quelle vision de par sa prédisposition à amener les bases d'une architecture sur laquelle méditer - mais si autrefois je voyais cette formalisation comme la plus importante, le temps m'a prouvé qu'elle peut également être la plus grande excuse à la stagnation ou à l'attente éperdue nous poussant progressivement dans une oisiveté latente, voir à une inactivité définitive. En soit, imaginer, c'est comme parler, écrire, "fonctionner" : tout le monde peut le faire. Il serait présomptueux de chercher à évaluer quelque chose d'aussi subjectif et intime que l'imaginaire - tout comme les rêves, les réflexions et les avis (même si il est aujourd'hui devenu monnaie courante d'étaler tous ces aspects à tout bout de champ en recherche constante d'une confrontation pour prouver ou réfuter tel ou tel discours - mais je glisse sur du hors-sujet). Venons en au fait : imaginer ne demande aucun effort sur du long terme si on prend cette activité cérébrale comme quelque chose d'inné, d'évident. Nous respirons tous, par exemple, néanmoins certaines personnes vont tellement travailler leur capacité respiratoire qu'elles vont pouvoir dépasser une "norme" et progresser sur des records personnels en apnée. Quelque chose de commun devient donc une pratique exercée menant indiscutablement sur une capacité, si ce n'est hors norme, plus spécialisée dans un domaine pourtant courant et à portée de tous. Imaginer relève de la même disposition. Si nous ne nous efforçons pas à repousser les limites de notre imaginaire, en le stimulant, en s'efforçant à approfondir des sensations, des idées, alors l'imagination devient caduque - elle n'existe que brièvement et de manière ponctuelle. Pour un créatif comme moi, l'imagination est une activité fantôme, dans le sens où les gens qui m'entourent n'ont pas tous conscience que j'en ai fais une activité qui ne discontinue quasiment jamais, maintenant mon esprit dans une réactivité constante à mon environnement, quelqu'il soit. A un certain point, cela m'a d'ailleurs aussi causé quelques troubles d'ordre social ou de l'attention en général, mais même si cela créé parfois quelques scènes cocasses, certaines incompréhensions ou peut donner des impressions divergentes de ce que je pense et ressens réellement, c'est quelque chose dont je me suis complètement accoutumé et qui ne dérange que les moins initiés de mon entourage. Néanmoins, il m'est arrivé également à plusieurs reprises de ne plus du tout réussir à fonctionner autrement qu'en ayant constamment l'esprit à vif, au point de m'épuiser et de tourner dans le vide à ne plus distinguer le non intérêt de rechercher un sursaut d'inventivité alors que rien de stimulant ne se passe. C'est aussi la contrainte de ne plus savourer les instants simples et naturels de la vie de tous les jours, et de ne plus être en capacité de profiter des moments privilégiés avec les gens que j'aime et qui m'entourent au quotidien, à trop chercher dans l'hier, demain ou dans ce qui au présent n'existe pas autrement que dans une vision épurée de tout traitement dénaturant le flux du temps, des émotions et des discours qui font l'instant. Imaginer est donc comme de nombreuses pratiques une question d'équilibre. Trop peu, et cela devient banal, beaucoup trop et cela fausse la vie sociale, et l'essence même de ce que l'on cherche à en capter.


Nous sommes tous soumis au sommeil. Certains se vanteront de faire de longues nuits profondes et apaisées, d'autres de vivre des insomnies tourmentées sujettes à la remise en question du monde ou de leur être - souvent des deux. Tous rêvent. Pourtant là encore, il est possible d'observer que les rêves peuvent être définis comme banals, irrationnels ou capitaux. Pour ma part, les rêves représentent un complément d'existence dans lequel nous exerçons nos capacités. C'est la salle de l'esprit et du temps, l'esprit y est libre, le temps n'a pas d'emprise, et de plus, les conséquences ne résultent que sur une forme de choc duquel il est possible de tirer des leçons pour sa vie réelle et palpable sans les subir physiquement. J'aime parler des rêves avec mes proches, depuis des années mon petit frère et moi avons voué une fascination à ce voile qui semble faire un lien parfait entre le réel et le vide. Mes idées les plus tenaces ont pris racines dans mes songes ou dans mes parenthèses hypnotiques lors de trajets ou d'instants de flottement spirituel (vous savez, ces moments où le regard fixe le vide et que nos pensées s'échappent si loin qu'il peut être étrange de revenir brusquement à soi et à notre entourage alors qu'il nous semblait être ancré ailleurs - il s'agit là aussi d'une sensation similaire aux rêves). J'ai pratiqué le rêve aussi intensément que le réel. A une période de ma vie, entre mes 12 et 15 ans, je me sentais d'ailleurs bien plus impliqué dans mes moments de sommeil que dans ce que je vivais de plus rationnel (pas pour moi, pour les autres). J'ai eu à de nombreuses reprises la sensation très nette et cohérente que ce qu'il se passait en songe avait un sens intrinsèque à mes plus profonds questionnements, à certaines étapes qu'il me fallait franchir en moi et pour moi-même. J'ai toujours trouvé curieux d'ailleurs que nous soyons soumis à ce point dans le réel à des questions et à des interactions aussi factices et superficielles qu'il nous faille nous réfugier dans les rêves ou ce qui s'y approche le plus : les livres, les films, la musique, les jeux. Comme si le langage sonore n'était au service que des mondanités et qu'il n'y avait que dans nos silences que nous pouvions atteindre enfin la véritable communication : nous comprendre, grâce aux mots et aux univers de ce qui nous amenait enfin à cet état oscillant entre la stase de de nos corps mais paradoxalement à cette hyper attention et à cette ouverture d'esprit qui nous viennent lorsque nous sommes embarqués grâce à ces objets de mots, d'images et de sons. De sens. D'essence. Les sens au service de l'essence. L'essence au service des sens. Bref, je m'égare dans tous les sens. Je veux en venir à cette idée que le rêve contient cette substance de réel tellement importante - je suis en quête de la catalyser à chaque voyage, et à force de travailler mes rêves depuis très jeune, je dois avouer avoir senti mes capacités dans ce domaine exploser. Je vis des rêves longs, intenses, captivants, j'ai la chance de réussir à m'en souvenir 9/10 fois, je suis en capacité de me souvenir de trois, quatre parfois cinq rêves sur une même nuit et - depuis que j'ai cessé les substances récréatives il y a de cela plusieurs mois maintenant - je retrouve même une profondeur dans les dialogues, les évènements, et les idées que j'avais égaré longtemps ou qui du moins avaient perdu en intensité. L'équilibre ici, c'est de ne pas trop s'en remettre aux rêves non plus. En effet, à une autre période de ma vie, plus sombre cette fois, je pouvais faire un rêve impliquant des gens du réel et ne plus faire la distinction au réveil. La teneur d'un songe pouvait m'anéantir des semaines de réalité, tellement j'étais focalisé sur mon ressenti chimérique. De plus, les rêves sont limités par leurs frontières. Combien de fois durant le rêve je me suis rendu compte de l'importance de l'idée, sans pouvoir la canaliser en l'état, m'obligeant à m'éveiller pour la reconstituer du mieux que je pouvais, certain d'en perdre des éléments importants. C'est d'ailleurs dans ces moments que l'imaginaire vient fortifier les sensations pour maintenir ce flux afin de le recréer dans le réel. On dit souvent pour un créatif travaillant dans l'audiovisuel que l'idée passe par de nombreuses étapes : l'écriture, le tournage et le montage sont autant de paliers déformant l'idée de base. Pour ma part je rajouterai sans aucun doute que l'étape préliminaire est le rêve / la pensée car déjà la transition de la retranscription de cette dernière la travestie dans le fond et la forme.


Puisque nous sommes tous capables d'imaginer et de rêver, nous sommes tous capables de créer. Ce qui fera la différence entre l'idée et le fait, c'est l'essai. Et l'essai n'aboutira en un succès (pour soi - une fois de plus échec et réussite n'existent qu'en subjectivité) que grâce à la discipline.

La discipline c'est mettre la théorie en pratique et s'y tenir, faire, refaire, pousser là où l'on pourrait se contenter d'avoir ressenti la secousse. Créer, c'est une histoire de dépassement de ce que l'on imagine, c'est confronter l'idée à soi-même, la faire exister dans le vide et dans le réel, la modeler, la construire et la déconstruire. Créer s'apprend à soi-même comme n'importe quelle autre compétence, à force d'efforts et d'apports personnels, mais des autres aussi. Il est bon de créer pour soi, mais je pense que la création prend tout son sens lorsqu'elle cherche à s'universaliser. On crée par égoïsme et par altruisme à la fois, c'est un paradoxe tout comme la matière provient du néant. On sait ce que l'on crée et on le redécouvre pourtant une fois qu'on l'a mené à terme, car pour être honnête une création n'a pas de fin - ce qui est purement logique vu qu'elle n'a pas non plus de véritable début. Un créatif c'est un visionnaire aveuglé par ses idées, c'est un funambulyriste en équilibre au dessus du vide. Il n'y a pas de filet à ses pieds, comme il n'y a aucune accroches à ses côtés - les chercher à tout prix avant de se lancer, c'est anticiper la finalité, et il n'y a pas de fin sans début. Créer c'est aussi effrayant que l'idée de disparaître, et pour le coup, c'est peut-être parce que ces deux notions sont aussi proches que créer définit pour moi le sens de mon existence.


A ce propos, voici le fond de ma pensée : rien n'a d'importance et de sens. La vie est une projection hasardeuse et chaotique dans un espace infini mais cloîtré (Paradoxes, paradoxes...), face au vide pourtant aussi palpable et respirable que notre environnement et nos semblables (Paradoxe...) nous avons la possibilité de définir ce qui a du sens ou non, ce qui vaut la peine ou pas. Je ne dis pas que l'on choisit la vie, mais je crois profondément que l'on peut choisir comment on l'imagine, on la rêve et on la crée.


Cela fait plusieurs nuits que ce texte germait dans mon esprit, j'y ai passé quelques instants avant de m'endormir à y songer, quelques moments d'hypnoses à le formuler maladroitement dans mon esprit, pour le créer, j'ai décidé de me moquer de son succès ou de son échec, j'ai fait l'essai. Ce qu'il raconte est on ne peut plus intime et personnel, cela n'appartient qu'à moi. Pourtant je sais de prime abord qu'il vous appartiendra peut-être. Imaginer, Rêver et Créer c'est autant ma vie que mon métier, et même si je peine à ce que cela me "rapporte" quelque chose dans le réel du système dans lequel j'évolue, je ne pourrai jamais quantifier à quel point cela m'apporte dans mon réel de vécu quotidien. Paradoxal ? Hum... Peut-être pas cette fois.


TLB

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